Jour 50 - À propos de créativité

Quelques pensées nues que vous trouverez peut-être étonnantes, mais qui ne sont qu'un mouvement parmi la symphonie de sentiments qu'un être humain peut traverser en un jour, un mois, une vie.


Il y a chez les écrivains, peintres et autres candidats aux examens un syndrome bien connu, celui de la page blanche. Il est ressenti parce que la peur de mal faire nous empêche de commencer, parce que l'idée est trop complexe ou mal maîtrisée pour être exprimée tout à fait ou bien par manque de ce fameux miel que produit l'esprit: L'inspiration.

Quand il y a en, tout va. Mais quand il n'y en a plus, que faire ?


Voyez-vous, j'observe un étrange sentiment qui grandit en moi à mesure que ce projet avance. Je dois bien me l'avouer, le montage des épisodes devient difficile.


Certes, notre ordinateur n'est pas un pur sang technologique. Encore moins un cheval de trait. C'est un canasson qui fait fort bien son travail, mais qui ne peut porter qu'un homme à la fois, quand il ne court pas après une c@rotte numérique qui l'envoie planter je ne sais où. Lui demander de traiter des milliers d'images de hautes qualités, c'est comme lui demander de faire un saut de deux mètres. C'est délicat.

Mais les déboires techniques, nous les avions déjà au début.


Certes, nous essuyons en ce moment quelques imprévus qui, peut-être, nous fatiguent et mettent notre patience à rude épreuve.

Mais nous avons toujours su composer avec et cette semaine n’échappe pas à la règle. Un épisode sortira, comme d'habitude.


Pire, nous ne faisons pas ces créations dans le vide! Nous sommes largement encouragés, félicités et notre audience, à son échelle "familiale" nous fait le même effet que la clientèle fidèle d'une boulangerie de quartier: on a hâte d'ouvrir boutique pour la retrouver. Ce n'est pas le cas de tous ceux qui débutent dans la création et qui font parfois cavaliers seuls pendant de longs mois.


Pourtant, aujourd'hui je comparerais assez aisément l'effet que me fait le montage à celui d'une page blanche. Disons que le travail est difficile, bien qu'exécuté et Augusta est une warrior du montage précieuse qui m'aide énormément.

Je ne fais pas partie de ceux qui croient que le travail doit nécessairement être satisfaisant mais il me reste généralement le luxe de choisir ma fatigue. Et bien non. Même ça, ça n'aide pas pour monter nos vidéos pourtant si chères à nos yeux.


Une ressource s'est tarie au fil de ces semaines.

Peut-être parce que nous l'avons trop utilisée au début ? Peut-être parce qu'elle est réquisitionnée à d'autres endroits ? Peut-être qu'écrire ces articles est un exemple? Je ne pense pas, ce n'est pas la même démarche, pas le même entrain, le même objectif.


Se mettre devant l'ordinateur pour traiter des fichiers n'a pas la même saveur et n'est pas le même défi que d'écrire quelque chose de lisible. L'écriture est à mon sens, puisque je me pose la question, la même chose que de fabriquer une cabane avec des bouts de bois. Les propriétés et les formes de chaque morceau sont différentes, certains vont ensemble, d'autres vont là et pas ici, et comme je ne peux pas qualifier une pomme de dithyrambique, je ne peux pas demander à une brindille de me servir de poutre.

Puis il y a tout un tas d'autres paramètres qui entrent en jeu, comme il serait carrément dégueulasse de voir des putins de gros mots dans un article plutôt pas écrit avec le cul jusqu'ici. C'est comme mettre de la peinture rose aux murs, mettre un Pollock dans une serre humide. Certains y voient de l'art, j'y vois de la pure bêtise, ou au moins, une faute de goût, car la vulgarité peut être foutrement savoureuse. Faire en sorte donc d'avoir une cabane de bois où il fait bon se tenir assis et écouter la nature autour de soi.


Le montage, bien qu'il fasse appel à des qualités créatives, par sa technicité et son aspect stérile, n'excitent pas les mêmes parties de mon cerveau.


-Et pour le film alors ? Il va bien falloir le monter !


Oui, mais cela ne m'inquiète pas du tout. Pas le moins du monde. Ce film n'est pas soumis à une dead line, il n'est pas fait des bouts de bois qu'on arrive à récupérer par hasard. Il sera fait des essences de chaque rencontre, avec les qualités et les propriétés que nous saurons exploiter pour en faire un pur bon moment de cinéma. Et bon sang, que ce sera bon d'en parler ensemble et de rendre hommage à toutes ces belles personnes qui font le théâtre d'aujourd'hui. Celles là même qui demain, quand les choses seront rentrées dans l'ordre, le feront encore pour le malheur de nos paumes fatiguées d'applaudir.


Je ne suis pas inquiet pour la suite de nos aventures. Les rencontres et le film sont trop importants, précieux et excitants pour avoir le moindre problème qui ne se résolve pas avec un peu de détermination. Je suis peut-être renseigné sur la quantité de temps et le mode d’exécution que je préfère pour créer. Peut-être que j'ai besoin de plus de cabanes de bois et de moins de fichiers informatiques. Si vous aviez dit ça au Corentin de 16 ans pour qui éteindre un ordinateur était synonyme d'ennui, je pense qu'il serait reparti devant sa c@rotte numérique sans vous prêter attention. Mais les mouvements d'une vie changent, comme ceux d'un mois ou d'un journée. Il faut composer avec ! Composer ! Alors composons en attendant de retourner sur les planches !


À Bientôt


Corentin


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